Photographier les portes de l’adolescence : Alessandra Sanguinetti
J’avais déjà glissé un mot sur le travail de la photographe argentine Alessandra Sasnguinetti dans mon post sur l’expo Écotopia à l’ICP, où je présentais deux images de son travail sur la ferme. Le Courrier International, dans son édition du 15 février, présente sa série précédente, Le Théâtre de Guille et Bélinda, qu’on avait également pu voir l’été dernier à Arles, et pour lequel elle s’est mérité le prix Découvertes.
L’article du Courrier raconte un peu l’histoire de cette fascinante série : La photographe était dans la Pampa, près de Buenos Aires, lorsqu’elle a remarqué ceux deux fillettes de 9 et 10 ans, des cousines avec une intense complicité. Au départ, elle prévoyait réaliser une série d’images montrant l’évolution de leur physique et de leur psychologie. Mais le projet a évolué hors du cadre du documentaire traditionnel : “J’ai finalement préféré m’intéresser aux fruits de leur imagination, particulièrement féconde, explique Alessandra Sanguinetti. Elles étaient à l’âge où l’on sort de l’enfance et où les rêveries, les peurs et les affabulations s’entremêlent pour nourrir l’espace personnel. J’ai voulu faire avec elles des images qui cristallisent ces pensées et ces désirs qui les occupaient en permanence.”
Au départ, la photographe se faisait distante, se contentant de photographier les fillettes dans leurs jeux. Une fois la confiance établie, une véritable collaboration créative s’est entammée et les deux cousines ont
été amenées à raconter et à mettre en scène les images issues de leur imagination. En ressort une série documentaire au limites de la fiction.
C’est donc le monde à travers les yeux de pré-adolescentes qu’on découvre dans les images d’Alessandra Sanguinetti. Par exemple, dans une des images de la série, Le Couple, elles jouent les rôles d’un mari et de sa femme, Guille en slip et soutien-gorge tourne timidement la tête et son mari, Belinda, regarde directement l’objectif.
L’expérience se poursuivit pendant quatre ans. Elle s’acheva tout naturellement avec le passage à l’adolescence. “Dans les derniers temps, leurs aventures avaient changé de nature, remarque Sanguinetti. Elles se mettaient de plus en plus en scène dans des rôles de fiancées ou de mères de famille. Une façon de se préparer à leur avenir de femme. Et de fermer doucement la porte de l’enfance.”
On peut consulter le portefolio complet d’Alessandra et une exhaustive revue de presse sur le site de sa galerie newyorkaise, Yossi Milo.




© Alessandra Sanguinetti